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Escalader Uluru, bon ou mauvais plan?

Australia's most recognisable natural icon, Uluru/Ayers Rock changing colour at sunset (AAP) Source: AAP

Si escalader le rocher le plus connu au monde a toujours été votre plus grand rêve, le gouvernement de Turbull va vous aider à le réaliser, au grand désespoir des propriétaires traditionnels d’Uluru.

Le ministère de l’environnement a en effet annoncé au début du mois d’avril qu’une licence d’exploitation commerciale avait été accordée à la société Big Run Events à partir d’août 2016. La société propose un trek de 5 jours sur 100 km à travers le bush jusqu’à Uluru et son sommet. Elle  se veut être le première à proposer au public de visiter des sites inaccessibles jusqu’à lors car suivant un sentier sacré, celui emprunté par les aborigènes Mala lors de leur arrivée à Uluru. Les organisateurs assurent également avoir obtenu «  un permis d’accès spécial pour le trek et d’avoir des propriétaires traditionnels accompagnant le trek partageant leurs histoires et savoirs ». Et tout ceci pour la modique somme de $2,975.

Mais est-ce réellement une nouveauté de pouvoir escalader Uluru ?

A en croire les 55 000 personnes ayant bravé vents et chaleur extrême jusqu’au sommet d’Ayers Rock l’année dernière il est bel et bien possible d’escalader le colosse et ce depuis bien longtemps. L’ascension a même été facilitée en 1964 et 1976 avec l’installation d’une main courante indispensable à une progression sans risque. Il vous faut en effet  2 heures environ pour 1,5 km de marche sur une pente à 60 degrés par endroits pour arriver au sommet.

Cependant l’ascension est bien souvent fatale. Trente-cinq personnes sont mortes d’une crise cardiaque lors de l’ascension à cause d’un exercice bien trop intense pour un corps trop peu préparé. Un panneau à l’entrée de la randonnée informe pourtant les touristes en de nombreuses langues des risques physiques qu’ils encourent  mais aussi de la portée hautement spirituelle du lieu. On peut y lire qu’ « Ayers Rock est un lieu sacré et que les propriétaires aborigènes vous demandent de respecter leurs lois et de ne pas l’escalader. Le tracé de l’ascension est une route sacrée avec une signification spirituelle uniquement empruntée par certains hommes aborigènes lors d’occasions spéciales. Certaines personnes ont été blessées ou sont mortes pendant l’ascension. Les propriétaires traditionnels se sentent responsables pour ces accidents.”

Il est donc fortement déconseillé et non interdit d’escalader Uluru, chacun étant face à sa  propre conscience. Ce sont environ 20% des touristes venus jusqu’à Uluru qui tentent le coup chaque année, mais ce nombre a largement diminué depuis plusieurs décennie. L’ascension n’est plus l’activité phare d’Uluru.

Cette autorisation qui donne le feu vert à un tour privé d’exploiter le site est donc un pas en arrière de plus du gouvernement vers une interdiction de l’ascension. Cette interdiction avait pourtant été promise en 1983 par Bob Hawke et remise à l’ordre du jour en 2010 par le plan de gestion du parc.

Le ministre de l’environnement M. Hunt, loin d’avoir l’intention d’interdire l’ascension, déclare que “ces nouvelles idées vont booster le tourisme et l’investissement a Uluru et dans le Territoire du Nord tout en apportant de nouvelles opportunités d’emplois pour les locaux ».

M. Forrester, propriétaire traditionnel du lieu s’oppose à toute exploitation du parc national : « Uluru est sacré. Les gens en sont de plus en plus conscients. Désormais, ce sont les politiciens et les bureaucrates qui doivent le comprendre ».

Une étude menée par Parks Australia démontre que 98% des visiteurs se rendraient à Uluru même si l’ascension était interdite. Greg Donovan, directeur général de Big Run events, est lui-même pour cette interdiction : « Il semblerait que cette ascension perturbe les esprits et les aborigènes de cette région. Si nous l’interdisions, je ne crois pas qu’il y aurait une quelconque répercussion sur le tourisme “.

Les controverses autour du plus grand symbole australien risquent donc de faire couler encore beaucoup d’encre.