En France, où la start up britannique est implantée depuis 2015, les livreurs Deliveroo protestent régulièrement contre des conditions de travail de plus en plus difficiles et une rémunération jugée insuffisante. 5 euros la course, c'est le tarif depuis le 28 août dernier : avant cette date, Deliveroo payait à l'heure (7 euros) et non à la course. Un nouveau mode de rémunération qui aurait fait perdre entre 20 et 30% de leurs revenus aux coursiers de la marque. La direction, elle, assurait alors que « la tarification à la course permet (…) de générer en moyenne plus de 14 euros de l'heure. » Dans les faits, il était pourtant déjà difficile d'atteindre cette somme qui suppose au minimum deux courses dans l'heure sans aucun imprévu du type retard des restaurants, absence des clients, etc. Depuis le mois de janvier, c'est plus précisément contre l'extension de leur zone de livraison qu'ils se mobilisent. Dans Politis, qui publie un reportage sur le sujet, un jeune livreur parisien explique que « sans avoir été prévenus, on doit aller chercher des commandes à deux ou trois kilomètres de plus ». Ses collègues estiment leurs pertes à une course par heure, soit une baisse d'environ 20% de leurs revenus.
En Belgique
En Belgique, la direction de Deliveroo affronte là aussi une vague de ras-le-bol. Cette fois c'est le statut des livreurs qui est en cause. Depuis le 1er février, en effet, ceux-ci ne peuvent plus être considérés comme des salariés, la société britannique ayant décidé de mettre un terme à sa collaboration avec la coopérative sociale Smart. Après qu'une centaine de livreurs a décidé de cesser le travail à Bruxelles et à Liège, des négociations étaient en cours, en stand-by depuis lundi. La direction de Deliveroo maintient pour l'heure sa décision de faire passer tous ses livreurs sous statut indépendant (beaucoup plus imposé). Dans La Libre Belgique qui a publié fin janvier un texte signé du « Collectif des Coursiers », les livreurs ne mâchent pas leurs mots : « Il est temps que les PDG, CEO, CFO et autres General Managers intègrent le concept de respect de l'employé, et développent une éthique du travail digne du XXIe siècle. »
En Australie
Débarquée en Australie quelques mois après la France, l'enseigne de livraison affronte ici aussi le mécontentement de ses employés -plus de 3600 livreurs dans le pays. Mais elle n'est pas la seule : UberEATS et Foodora, autres services de livraison de repas à domicile, sont également dans le collimateur des syndicats. Un sondage réalisé par le Syndicat des travailleurs des transports auprès de 160 livreurs a montré que bien que 26% d'entre eux travaillent à plein temps (plus de 40 heures par semaine), plus de 76% gagnent moins que les 24 dollars de l'heure minimum. Interrogé par le Huffington Post, un porte-parole de Deliveroo Australia assurent que les coursiers gagnent entre 9 et 10$ par livraison. Travailleurs et syndicats étaient dans les rues de Melbourne il y a deux jours pour demander l'amélioration de leurs conditions de travail et de rémunération et, plus généralement, pour dénoncer un système peu protecteur -pas de congés maladie, de congés payés ni de couvertures en cas d'accidents du travail- qui encourage les conduites à risque et donc, les accidents.
A Bruxelles, Paris ou encore Melbourne, les ressorts jusque là bien huilés de la « gig economy » seraient-ils en train de se gripper ? Une chose est sûre : Tout ne tourne plus complètement rond dans le meilleur des mondes uberisés.
