C'est un peu le serpent de mer de la politique australienne. Régulièrement, l'éventualité d'une taxe sur les soft drinks revient faire débat, au nom de la lutte contre l'obésité chez les enfants notamment mais aussi au sein de populations fragiles, particulièrement victimes de leur alimentation comme c'est le cas des Aborigènes. Immanquablement, la question soulève l'ire des acteurs de l'industrie du sucre et des producteurs de sodas.
Dans une liste de recommandations publiées le 7 janvier, l'Australian medical association (AMA) a relancé le débat en préconisant entre autres l'implantation urgente d'une taxe sur les boissons sucrées et la promotion de l'eau comme la boisson de référence lors des repas.
Dimanche, Malcom Turnbull a clairement rejeté cette proposition d'une taxe de 20%. Selon lui, les Australiens sont déjà suffisament taxés sur la nourriture.
Les chiffres
-63% des adultes australiens étaient obèses en 2014-15, soit une augmentation de 19% en dix ans. Un enfant sur quatre était en surpoids ou obèse à la même période.
-10 : selon l'Australian Bureau of statistics, c'est le nombre de kilos de « sucre libre » consommé annuellement dans des boissons par l'Australien moyen
-5,3 milliards de dollars : c'est le coût annuel de l'obésité pour les contribuables australiens selon un rapport de 2016 du Grattan Institute (favorable à la sugar tax).
-1,2 pour 100 Australiens : c'est le nombre d'années de vie que la seule sugar tax pourrait faire gagner d'après des chercheurs de l'Université de Melbourne.
-4,7 millions : c'est le nombre de tonnes de sucre produit cette année en Australie, qui est le troisième plus gros exportateur mondial de sucre
Les arguments contre :
- Cette proposition est un classique du « nanny state », entendez une intervention de l'Etat dans la sacro-sainte liberté de choix des individus. Ceux-ci doivent être seuls responsables de leur alimentation.
- Ce sont les consommateurs les plus pauvres qui vont être le plus touchés par cette mesure donc elle est injuste.
- Complexe à mettre en œuvre, cette taxe serait une catastrophe pour l'industrie du sucre.
- Il n'y a pas de preuve scientifique que la taxe soit efficace contre l'obésité
Les arguments pour :
- Si les boissons sucrées ne sont pas à elles seules responsables de l'obésité, elles y contribuent et peuvent être d'autant plus ciblées qu'elles n'ont aucune valeur nutritionnelle.
- L'obésité coûte très cher à l'Australie, la réduire c'est non seulement sauver des vies mais aussi faire des économies.
- La sugar tax est une mesure de santé publique comparable à l'instauration du prix très élevé du tabac. Et comme pour la consommation de cigarettes, cette mesure qui touche au porte-monnaie sera efficace comme le montrent des études menées dans des pays où elle est déjà réalité (Mexico, Californie, etc).
- La "sugar tax" n'a rien d'une idée de gauchiste puisque la plupart des gouvernements à l'avoir implantée étaient conservateurs
Les instances australiennes de la santé et les experts en santé publique ont exprimé leur soutien à l'instauration de cet impôt. « Nous ne prétendons pas que la taxe sur les boissons sucrées soit la solution miracle pour résoudre le fléau de l'obésité, a déclaré le président de l'AMA dans un communiqué, mais elle constitue certainement une pièce du puzzle. »
En France, la « taxe soda » est effective depuis 2013 et une nouvelle version de cette taxe, censée être plus efficace, a été votée en octobre dernier à l'Assemblée nationale. L'Hexaghone est l'un des 28 pays au monde à avoir adopté cette mesure.
