Jeudi, le gouvernement australien a fait savoir que la dernière amnistie en date, lancée en juillet dernier, avait permis à l'Etat de récupérer 57 000 armes à feu.
Avec cette amnistie pour les détenteurs d’armes à feu non déclarées -en temps normal, la possession illégale d’armes à feu est passible d’une amende de 185 000 euros ou de 14 ans de réclusion- le gouvernement entendait poursuivre le désarmement national au nom de la lutte contre le terrorisme et le trafic d’armes (environ 200 000 armes de contrebande circuleraient dans le pays).
Cette volonté ne date pas d'hier. L’Australie a commencé à déposer les armes il y a vingt-un ans. Douze jours après le pire « mass shooting » de son histoire. Le 28 avril 1996, un homme armé d’un semi-automatique avait tué 35 personnes sur le site touristique de Port Arthur en Tasmanie, laissant l’île-continent traumatisée. C’est alors que le gouvernement conservateur d’alors avait décidé de passer à l’acte en adoptant le National Firearms Agreement (NFA).
Ces lois régulent strictement l’achat, l’enregistrement, l’usage, le stockage et le transport des armes à feu. Un permis a été introduit, l’âge minimum requis relevé, les armes semi-automatiques et les fusils à pompe bannis. Tout acheteur potentiel doit fournir une raison « valable » -l’auto-défense n’en est pas une. Le gouvernement de l’époque avait offert de racheter ces dernières à leurs propriétaires. 650 000, soit environ 20% de toutes les armes en circulation alors en Australie, avaient ainsi été collectées puis détruites.
Entre 1979 et 1996, treize tueries de masse ont eu lieu en Australie. Depuis, aucune.
Depuis l'adoption de nouvelles lois en 1996, le pays a vu son taux d'homicide diminuer de moitié, à 1,4 homicide par armes à feu par an pour un million d'habitants. Non seulement, ces lois ont permis d’éviter d’autres tueries mais elles auraient aussi permis de faire chuter le taux de suicide. Mais les chiffres sont controversés et, depuis cinq ans, le nombre d’homicides et de morts par arme à feu a légèrement augmenté.
Les détracteurs du NFA en profitent pour le remettre en cause : Tim Fisher, ancien député et architecte de ces lois s’inquiétait récemment de leur remise en cause chronique (pour cause de « sur-régulation bureaucratique »). Ses promoteurs, en revanche, pointent du doigt les Etats et les territoires d’Australie qui ne respectent pas toujours l’Accord dans sa totalité, en arrondissent parfois les angles quand ils n’en bafouent pas carrément l’esprit.
Les règles en vigueur en Australie pourraient bien un jour être remises en cause. Si le parti Libéral sort vainqueur des élections de ce week-end en Tasmanie, cela pourrait même se faire très bientôt. Les libéraux comptent en effet rallonger de cinq ans la période de validité des licences d'armes mais aussi de permettre aux tireurs à la cible d'utiliser des fusils semi-automatiques ou encore d'autoriser les agriculteurs à utiliser des silencieux sur leurs fusils.
