Emmanuel Macron a appelé les dirigeants du monde à rejeter "la loi des plus puissants", accusant l'approche de Donald Trump à faire face aux défis mondiaux.
Macron n’a pas cité le président américain par son nom, mais son discours à l’Assemblée générale des Nations Unies a mis en évidence des positions qui étaient en opposition avec la vision du monde de Trump.
"Certains ont choisi la loi des plus puissants, mais ils ne peuvent protéger personne", a déclaré M. Macron, qui a réaffirmé son ferme soutien au multilatéralisme incarné par les Nations Unies et ses efforts de paix mondiaux.
Plus tôt sur le podium de l'ONU, Trump s'est engagé à "ne jamais abandonner la souveraineté américaine à une bureaucratie mondiale non élue et non responsable" et à rejeter "l'idéologie du mondialisme".

Depuis la prise de fonction de Trump en 2017, les États-Unis ont abandonné l’accord sur le nucléaire iranien et l’accord sur le climat de Paris - deux accords internationaux défendus par la France.
L'administration américaine a stoppé des fonds destinés aux Nations Unies, aux agences d'aide et aux opérations de maintien de la paix de l'ONU dont les missions au Mali et en République centrafricaine travaillent avec les troupes françaises pour renforcer la stabilité.
Macron a souligné l’inégalité économique croissante comme l’un des moteurs de la crise dans l’ordre mondial, avec quelque 783 millions de personnes vivant sous le seuil de pauvreté et 250 millions d’enfants non scolarisés.
Concernant le conflit israélo-palestinien, le président français a déclaré qu’il n’y avait pas d’alternative crédible à la solution à deux Etats que Trump avait mise en péril avec sa reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël.
Macron a également abordé le changement climatique et la migration comme des problèmes mondiaux que "personne ne peut résoudre par lui-même".

Sur l'Iran
Défendant l'accord sur le nucléaire iranien, M. Macron a appelé à un dialogue avec Téhéran, affrontant à nouveau le président américain qui, quelques heures plus tôt, avait appelé les gouvernements mondiaux à isoler l'Iran.
"Qu'est-ce qui apportera une vraie solution à la situation en Iran et ce qui l'a déjà stabilisé? La loi du plus fort? La pression d'un seul côté? Non!" a martelé Macron lors de son discours.
"Nous savons que l'Iran était sur une voie militaire nucléaire mais qu'est-ce qui l'a arrêté? L'accord de Vienne de 2015".
Trump en mai s'est retiré de l'accord de sept nations négocié sous son prédécesseur Barack Obama, le qualifiant de "désastre" et augmentant la pression sur l'Iran, y compris par le biais de nouvelles sanctions.
Soutenu par Israël et l'Arabie saoudite, Trump a tenté de faire reculer l'influence iranienne au Moyen-Orient, y compris dans la Syrie ravagée par la guerre.

"Nous ne devons pas aggraver les tensions régionales, mais plutôt à travers le dialogue et le multilatéralisme, poursuivre un programme plus large qui nous permet de répondre à toutes les préoccupations provoquées par la politique iranienne - nucléaire, balistique et régionale", a déclaré Macron.
S'exprimant lors d'une conférence de presse, Macron a déclaré que l'Iran devrait être en mesure de vendre du pétrole pour faire baisser les prix, contestant le plan de Trump visant à resserrer un étau économique autour de ce pays.
"C’est bon pour la paix et c’est bon pour la forme du prix international du pétrole", a déclaré Macron.
La France et d'autres puissances européennes mettent en place un moyen de permettre aux entreprises de continuer à faire des affaires en Iran dans l'espoir d'éviter les sanctions des États-Unis.
Le président français devait s'entretenir plus tard dans la journée avec son homologue iranien Hassan Rouhani, qui a refusé de rencontrer Trump.
En dépit de leurs visions du monde très différentes, Macron et Trump, tous deux des "outsiders" politiques qui ont défié les chances de remporter le pouvoir, ont forgé une relation improbable.
Après avoir rencontré Macron lundi, M. Trump a déclaré que les deux hommes avaient eu "de très bonnes expériences" mais ont reconnu "à l'occasion, pas très bonnes, mais 99% très bonnes".
Et après la dernière adhésion de Trump à sa politique étrangère "America First", Macron s'est de nouveau présenté comme un défenseur d'une approche plus internationaliste de la diplomatie.
"N'acceptez pas l'érosion du multilatéralisme", a déclaré Macron à la réunion mardi. "N'acceptez pas notre histoire qui se défait. Je ne m'y habituerai pas et je ne tourne pas la tête", a-t-il déclaré.
Source: AFP-SBS
