Ils s'appellent Alistair, Stuart ou Leslie. Il y a un siècle, loin de leurs antipodes natales, ils se battaient dans la Somme aux côtés de leurs alliés. Pour passer le temps, fuir la guerre, oublier la mort, ils ont gravé leurs noms au crayon sur les parois de la Cité souterraine de Naours. A l'origine, celle-ci était une ancienne carrière aménagée en cachettes au XVIIe siècle. Elle était ensuite tombée dans l'oubli avant d'être redécouverte à la fin du XIXe par un abbé qui fit de cette enfilade de caves une série de galeries agrémentées d'une chapelle. Le tout à visiter.
Dans ce labyrinthe à trente mètres sous terre, la température constante de 10 degrés a permis de conserver les milliers de signatures, noms, prénoms, dates, adresses, numéros de matricule, que les soldats ont gravé à la mine de plomb sur les voûtes de craie qui courent sur plus de deux kilomètres ... Découvertes en 2016 par l'archéologue Gilles Prilaux, ces quelques 2 800 traces répertoriées ne sont pas seulement un signe émouvant du passé mais aussi un précieux témoignage historique. Elles renseignent sur la vie "à l'arrière" de ces soldats qui venaient dans les grottes comme dans une cour de récréation, en simples visiteurs, pour se détendre et penser à autre chose qu'à la guerre.
"(...) les soldats de l’Empire britannique étaient stationnés à Vignacourt, à quelques kilomètres d’ici, et ne passaient que 20 % de leur temps en première ligne, après quoi ils devaient décompresser, a expliqué Gilles Prilaux au magazine Géo. La visite de ce site, avec les différents décors installés par l’abbé Danicourt, faisait partie des activités."
Pour beaucoup de ces soldats, l'autographe des grottes de Naours sera le dernier. Car à la surface, la bataille de la Somme fauche à tout va. 400 000 morts en quelques mois. Gilles Prilaux a déjà identifié de nombreux soldats des antipodes. Parfois mis à jour des parcours exceptionnels, contacté les descendants, toujours ravivé la mémoire.
Venu visiter le site ce week-end, Darren Chester, le ministre australien des Anciens Combattants a annoncé le don de 30 000 dollars (presque 20 000 euros) afin d'aider à la conservation et à la valorisation des graffitis dans les meilleures conditions. Un musée dédiée devrait ainsi voir le jour à l'entrée du domaine. " (...) le contenu de ces grottes est largement méconnu en Australie, a expliqué le ministre au Courrier Picard, mais on va communiquer dessus de manière plus importante afin que davantage de visiteurs de mon pays viennent le découvrir. Comme c’est une région qui est très belle et touristique, les Australiens vont pouvoir y venir en vacances et en profiter pour visiter tous les lieux historiques ».
