Au festival Africa Film Fest Australia 2026, Dany Kouyaté dévoile Katanga, la danse des scorpions, une œuvre ambitieuse qui transpose Macbeth au cœur de l’Afrique contemporaine. Porté par l’héritage des griots et réalisé avec des talents locaux, ce film en noir et blanc interroge avec force l’ambition, la violence et la corruption du pouvoir.
Katanga, la danse des scorpions, est programmé au festival du film africain de Sydney, Africa Film Fest Australia 2026.
En conversation avec SBS French Dany Kouyaté explique que bien qu’inspiré de Macbeth de Shakespeare, son film est loin d’etre une simple relecture de l’œuvre classique de la littérature anglaise et s’impose comme une fable politique intemporelle où la folie du pouvoir résonne avec l’actualité mondiale.
Il salue au passage la force des grands textes porteurs des thèmes universels et immuables.
Partout où je vais, les gens reconnaissent leurs dirigeants, évoquant avec humour les comparaisons spontanées avec Donald Trump lors de projections aux États-Unis.Dany Kouyaté
Le réalisateur explique pourquoi il a opté de tourner le film en noir et blanc. « Ce choix n’est pas anodin » confie-t-il. Kouyaté entend créer un « film universel », décalé du néoréalisme pour s’ancrer dans la métaphore et le rêve. « Ce minimalisme esthétique place l’acteur au centre du dispositif », souligne-t-il, saluant au passage un casting 100 % burkinabè. Cette exigence narrative puise ses racines dans l’oralité africaine et la tradition de griot.
Issu d'une famille de griots, Dany Kouyaté accorde une place centrale à la parole. Le film met en valeur la richesse de la langue mooré, les proverbes, les métaphores et les silences porteurs de sens. Selon lui, le cinéma africain n'exploite pas encore suffisamment la puissance de ses langues et traditions orales.
Kouyate, se définit avant tout comme un conteur. Il rappelle que son grand-père et son père étaient des griots pratiquants. Son approche du cinéma consiste à transmettre des récits, préserver la mémoire collective et nourrir la réflexion sur l'avenir à partir des enseignements du passé.
Interrogé sur l'IA, Kouyaté reconnaît à la fois ses immenses possibilités et les inquiétudes qu'elle soulève. Il compare l'intelligence artificielle à un couteau : un outil dont l'usage peut être bénéfique ou dangereux. Malgré ses réserves, il estime qu'il faut conserver une forme d'optimisme face aux changements technologiques.
Aujourd’hui, le jeune Africain a les mêmes outils que l’Américain. L’avenir du cinéma africain passe par cette confiance en une jeunesse sans complexe , désormais libre de raconter ses propres histoires au monde.Dany Kouyaté
Le réalisateur se montre très optimiste quant au futur du cinéma africain. Il souligne que les nouvelles technologies ont démocratisé la création audiovisuelle et réduit les barrières d'entrée. Aujourd'hui, un jeune créateur africain dispose pratiquement des mêmes outils qu'un cinéaste européen ou américain.
Kouyaté insiste sur le fait que Katanga, la danse des scorpions a été réalisé presque entièrement par de jeunes professionnels burkinabè. Selon lui, les talents africains possèdent les compétences nécessaires pour réaliser des productions de haut niveau dès lors qu'on leur donne l'occasion de travailler et de se perfectionner.
Dany Kouyaté s'est dit honoré que son film soit présenté en Australie et espère pouvoir un jour visiter le pays. Il voit cette sélection comme une occasion de faire découvrir au public australien « un morceau de rêve africain ».
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