Après sept années de recherches, Nicolas Couronne fait émerger de l’oubli l’histoire de Constance Couronne, une enfant esclave devenue la plus jeune 'convict' connue d’Australie. Entre archives, quête personnelle et reconnaissance littéraire, son travail pourrait bien bousculer les récits historiques établis.
A partir de 2018, Nicolas Couronne, auteur chercheur indépendant, a mené une enquête minutieuse pour retracer le destin de Constance Couronne, une jeune fille esclave devenue, selon ses recherches, la plus jeune convict de l’histoire australienne.
Dans une conversation avec SBS French, il a confié qu’il a choisi de publier à compte d’auteur afin de conserver la maîtrise de son œuvre et de récolter lui-même le fruit de ses recherches. « Je ne pouvais pas donner sept ans de travail à une maison d’édition », a-t-il dit. C'était un pari audacieux, récompensé notamment par le prestigieux prix Jean Fanchette, qui a contribué à donner une visibilité nouvelle à son ouvrage.

Derrière ce « petit livre », comme il le décrit modestement, se cache une recherche dense, fondée sur des documents historiques précis. Parmi eux, un registre officiel mentionnant le nom de Constance Couronne, son âge et son statut. En recoupant les dates, Nicolas Couronne démontre que Constance n’avait qu’une dizaine d’années lorsqu’elle débarque à Sydney le 9 juillet 1834 à bord du Dart.
« Cela signifie qu’elle est la plus jeune convict'». Une affirmation qui, si elle est pleinement reconnue, pourrait conduire à une réécriture partielle de l’histoire de l’Australie.
Une enquête entre Maurice et l’Australie
Pour parvenir à cette conclusion, Nicolas Couronne a dû naviguer entre archives mauriciennes et australiennes. À Maurice, la tâche s’est révélée complexe : documents anciens, parfois difficilement lisibles, rédigés dans un français d’époque, nécessitant patience et minutie. « Il fallait une loupe, il fallait chercher sans savoir exactement où », raconte-t-il.

Il rend hommage à l’historienne Claire Anderson, qui l’a guidé dans ses recherches, ainsi qu’aux archivistes qui l’ont accompagné dans cette quête. À Sydney, en revanche, l’accès aux archives s’est avéré plus fluide. « Les documents sont disponibles, accessibles. On peut retrouver les informations sur les navires, les âges, les parcours », explique-t-il. Une transparence qui lui a permis de consolider ses découvertes.
Une trajectoire hors du commun
L’histoire de Constance ne s’arrête pas à son arrivée en Australie. Installée dans la région de Bathurst, elle parvient à reconstruire sa vie. Soutenue notamment par la famille Finch, influente dans les milieux judiciaires, elle échappe à un destin précaire et fonde une famille.
Des ouvrages historiques, écrits notamment par les descendants de Constance Couronne, évoquent même son ascension sociale et son rôle dans la communauté locale. Certains la décrivent comme « une femme remarquable du centre-ouest australien ». Des éléments laissent aussi penser qu’elle aurait exercé comme sage-femme, et même été photographiée — un fait exceptionnel au dix-neuvième siècle.
Entre mémoire et reconnaissance
Pour Nicolas Couronne, cette recherche dépasse le simple cadre historique. Elle s’inscrit dans une démarche presque intime. « Je lui ai fait une promesse sur sa tombe : qu’elle ne resterait pas dans l’anonymat », confie-t-il. Cette dimension personnelle se double d’une conviction profonde : celle que l’histoire de Constance mérite d’être connue, à Maurice comme en Australie. Il espère désormais que son travail contribuera à une reconnaissance plus large, notamment dans les manuels scolaires.

Le succès rencontré lors du lancement de son livre, en présence de nombreuses personnalités dont le président de la République, laisse entrevoir un intérêt croissant. Et déjà, une autre perspective se dessine : celle d’une adaptation à l’écran.
« C’est une histoire unique », estime-t-il. Une trajectoire marquée par l’exil, la résilience et la reconstruction, qui relie deux pays et traverse les siècles.
Au-delà des archives et des distinctions, c’est peut-être là l’essentiel : redonner un nom, un visage et une place dans l’histoire à une enfant longtemps oubliée.

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