Véronique a 5 ans lorsque tout a commencé. Elle vit à l'île Maurice dans une famille recomposée de sept enfants. Ses parents ne sont pas souvent présents pour s'occuper d'eux et c'est dans un contexte familiale instable que son demi-frère, aîné de la fratrie, commence à s'intérresser à la petite Véronique.
« Mon histoire a commencé très subtilement, avec des offres de bonbons et de jouets afin de pouvoir attirer mon affection. Vraiment c'était dans le but de m'abuser sexuellement ».
En 1987, la famille s'installe en Australie. Les abus continuent et Véronique n'est pas la seule victime; d'autres membres de la famille sont eux aussi agressés, toujours par ce même demi-frère. Sur les photos de famille, Véronique veut faire disparaître la visage de son agresseur.

« Un jour je suis dans la chambre avec lui [NDLR son demi frère]. La porte est ouverte et mon autre frère passe devant. Il est invité à venir nous rejoindre. Mon demi-frère lui demande de prendre part à mon aggression mais mon frère refuse, me prend par la main et me dit "viens, on va le dire à papa". Mon père cuisinait, lorsque mon frère lui raconte ce qu'il vient de se passer, mon père entre dans un colère noire, monte à l'étage et commence à frapper mon demi-frère avec une ceinture. Ma mère est arrivée. Une dispute entre elle est mon père s'en est suivie et elle lui a dit "tu ne toucheras plus jamais à un de mes enfants».
Des abus révélés au grand jour. Mais pourtant c'est le déni qui règne dans la famille. « Ma mère savait. Je parlais aussi à mes tantes. On me disait qu'à cet âge là, les garçons étaient curieux, que c'était normal. En grandissant si j'en parlais à des amis ou encore à ma famille, ma mère disait que je mentais. Que j'étais sexuellement précoce. Elle savait semer le doute, même mon père s'est fait manipuler. Elle aurait pu arrêter les abus, mais elle n'a jamais prit ma défense».

En 2011, Véronique décide de porter plainte, « j'ai appris que mon demi-frère vivait avec une femme qui avait deux jeunes enfants. Et c'était pour moi vital que j'en parle parce que je ne voulais pas porter la responsabilité qu'il y ait un abus potentiel sur ces enfants ».
Elle sait à ce moment qu'elle devra revivre les traumatismes subis qui étaient enterrés au plus profond de sa mémoire durant 19 ans. Elle va devoir affronter le regard et les attaques de sa propre famille qui ne l'a jamais soutenue dans ses accusations. Sa famille nie, son demi-frère nie. Mais l'expérience la plus dure viendra du processus du système judiciaire.
« Le processus est pénible et souvent une sorte de traumatisme. Le but des contre-interrogations est de semer le doute sur les plaintes de la victime et en quelques sortes, je subissais les mêmes trahisons et attaques que je subissais quand j'étais petite. On ramenait des histoires du passé qui n'avaient rien à voir avec des abus que j'avais subi ».
« Le procès entier était difficile. J'avais l'impression que le système judiciaire était penché sur les droits de l'accusé plus que ceux de la victime. Il faut trouver un équilibre, ce système doit changer ».
«Je pense que le système judiciaire, tel qu'il est en ce moment, réduit la victime dans une position de non contrôle, elle est diminuée à un rôle de victime, et on a l'impression que l'accusé a un pouvoir, avec la présemption d'innocence, et je respecte cette présemption, mais la façon dont c'est mis en pratique donne le pouvoir aux accusés d'abuser de l'opportunité de ce système afin de nuire à la victime et aussi de réduire leurs responsabilités [NDLR: des accusés]. J'aimerai que ça change, que ce soit plus équilibré, pour les droits de l'accusé mais aussi de la victime ».

Pour Véronique, il était temps que des mouvements comme #metoo et Time's Up se fassent entendre.
« J'ai parlé depuis que j'étais toute petite. J'essayais de parler à des gens qui avaient le pouvoir d'arrêter ces abus, de me protéger ou de me consoler. Le problème c'est que ce n'était pas entendu. Il y a un système social et culturel mondial qui a toujours mal réagit face aux sujets de violences sexuelles. Je trouve que le processus de #metoo est génial car ces voix ont tellement de pouvoir qu'on ne peut pas ne pas les écouter ».
Véronique éspère que ces mouvements pousseront le système judiciaire à représenter ces voix qui s'élèvent dans un processus de justice.
Malgré un procès douloureux, elle n'hésiterait pas à le refaire, « Ça m'a libéré, c'était la bonne chose à faire et pour moi en tout cas c'était nécessaire. Ça m'a aidé à confronter non seulement mon agresseur mais aussi tout le système qui était mis en place pour que je sois victime. J'ai pu mettre fin à tout ça ».

Le demi frère de Véronique a été condamné en 2016 à une peine d'emprisonnement de quatre ans et cinq mois avec une peine de sûreté de trois ans. Il devrait sortir libre à la fin de l'année 2018.
L'Australie a l'un des taux les plus élevés d'agressions sexuelles signalées dans le monde, mais les organisations de soutient affirment que le nombre de délinquants devant les tribunaux sont condamnés à de trop faibles peines d'emprisonnement.
Des organisations comme The WhiteRibbon, ReachOut, CASA sont là pour aider les victimes d'abus, hommes et femmes.
Véronique a participé à l'émission SBS Insight "Rape and Trial", disponible en replay sur SBSOndemand.



