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La "grossophobie" est la discrimination des personnes grosses. Stigmatisés dans la vie quotidienne, au travail, à l'hôpital, les gens en surpoids ou obèses sont particulièrement maltraités dans nos sociétés où mieux vaut être "dans la norme". Pour la première fois en France, ce pays où le taux d'obésité est longtemps resté faible, une journée d'information était organisée la semaine dernière. L'occasion d'en savoir plus sur la "grossophobie" et les moyens de lutter contre.
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Mathilde Blottière

18 Dec 2017 - 6:16 PM  UPDATED 18 Dec 2017 - 6:17 PM

Voilà de quoi tordre le cou au mythe de la Française mince, toujours bien en vogue en Australie : Selon l'OMS, les personnes obèses ou en surpoids devraient représenter 67% de la population française en 2030, contre 47 en 2012. Et pendant ce temps-là, un autre phénomène grossit aussi (même si celui-ci est difficilement quantifiable) : il s'agit de la « grossophobie ».

La France s'attaque enfin à cette discrimination qui touchent les personnes obèses ou en surpoids. Il en aura fallu du temps pour que l'Hexagone se penche sur ce rejet des gens gros. Mais la médiatisation des problèmes de poids, la libération de la parole sur les réseaux sociaux et sans doute aussi les coûts médicaux engendrés par la hausse de l'obésité en France changent la donne. La semaine dernière, la mairie de Paris organisait ainsi une journée d'information sur ce phénomène social grandissant.

Et d'abord, pourquoi n'aime-t-on pas les gros ? D'abord il y a l'idée répandue qu'ils le veulent bien. Les personnes grosses auraient choisi de l'être par leur mode de vie. Rappelons que l'OMS reconnaît l'obésité comme une maladie. Souvent associés (à tort dans l'écrasante majorité des cas) à un laisser aller, qu'il soit manque de volonté ou paresse, les corps gros font à certains l'effet d'un repoussoir. Comme si le fait de transgresser la norme de la minceur était inacceptable. Dans les faits, la « grossophobie » affecte souvent des personnes défavorisées, l'obésité étant plus importante dans les milieux pauvres, et les femmes, l'injonction à être mince s'adressant tout particulièrement à elles.

Stigmatisés chez eux, dans la rue, à l'école, sur un lieu de travail et parfois même dans l'accès aux soins médicaux, les personnes de forte corpulence peuvent vivre l'enfer. Selon Gras politique, un collectif de lutte contre la "grossophobie" fondé en 2016, 33% des chômeurs et des chômeuses en surpoids déclarent avoir souffert de discrimination à l'embauche.

Le changement des mentalités passe d'abord par l'information et la circulation des témoignages de victimes. Mais les politiques publiques ont aussi fort à faire pour aménager le mobilier urbain, adapter la ville et ses équipements, de façon à intégrer davantage ses habitants corpulents.

Le terme « grossophobie » - « fat phobia » ou « fat shaming » en anglais- doit notamment sa généralisation à un livre intitulé On ne naît pas grosse et publié en juin 2017. En septembre dernier, Sbs French avait interviewé son auteure, Gabrielle Deydier. Une interview à ré-écouter ici.